La règle des 183 jours est la plus connue des règles de résidence fiscale. Mais elle n'est pas la seule — et elle ne suffit pas à trancher seule. Le droit fiscal français utilise 4 critères alternatifs, et la convention France-Vietnam de 1993 prévoit ses propres règles de départage. Voici ce que tu dois comprendre avant de partir.
Cet article fait partie du dossier travailler à distance depuis le Vietnam. Pour les conséquences concrètes sur ta déclaration, lis aussi déclarer ses impôts en France depuis le Vietnam et la convention fiscale France-Vietnam expliquée.
Pourquoi la résidence fiscale est fondamentale
Ta résidence fiscale détermine :
- Qui a le droit d'imposer tes revenus (et sur quoi : revenu mondial ou seulement revenus locaux)
- Quelles obligations déclaratives tu as (formulaire non-résident 2042 NR, déclaration vietnamienne, les deux ?)
- Quelles cotisations sociales sont dues et dans quel pays
- Quels droits sociaux tu conserves (remboursement santé, retraite, chômage)
Un mauvais positionnement peut entraîner une double imposition (les deux pays imposent), une sous-imposition (ni l'un ni l'autre, mais avec risque de redressement ultérieur), ou la perte de droits sociaux.
Les 4 critères français (article 4B du CGI)
En France, la résidence fiscale est définie par l'article 4B du Code général des impôts [À VÉRIFIER : texte exact en vigueur 2026]. Tu es considéré résident fiscal français si tu remplis au moins un de ces 4 critères :
| Critère | Définition | Exemple concret |
|---|---|---|
| Foyer ou lieu de séjour principal | Là où tu habites habituellement, où est ta famille (conjoint, enfants) | Ta femme et tes enfants restent en France → tu es résident fiscal FR même si tu passes 9 mois au Vietnam |
| Activité professionnelle principale | L'activité qui génère l'essentiel de tes revenus ou qui occupe l'essentiel de ton temps | Tu travailles pour des clients français depuis Hanoï → critère ambigu, dépend du contrat |
| Centre des intérêts économiques | Là où sont tes principaux investissements, comptes, propriétés | Tu as un appartement en France que tu loues → intérêts économiques partiellement en France |
| Séjour principal (règle des 183 jours) | Plus de 183 jours en France dans l'année civile | Tu passes 7 mois à Paris et 5 mois à Hanoï → résident fiscal français |
Un seul critère suffit pour être résident fiscal français. Et les 183 jours au Vietnam (critère inverse) ne suffisent pas à te faire perdre la résidence fiscale française si l'un des autres critères reste rempli.
Les critères vietnamiens de résidence fiscale
Le Vietnam définit ses propres résidents fiscaux selon sa loi sur l'impôt sur le revenu des personnes physiques (LIRPP) [À VÉRIFIER : loi vietnamienne actuellement en vigueur, numéro et article exact]. Tu es résident fiscal vietnamien si :
- Tu séjournes au Vietnam pendant [À VÉRIFIER : 183 jours ou plus] dans l'année calendaire OU sur une période de 12 mois consécutifs à compter de la date de ta première arrivée
- OU tu as un logement permanent enregistré au Vietnam (bail long terme ou enregistrement de domicile temporaire)
Si tu es résident fiscal vietnamien, le Vietnam impose tes revenus mondiaux (pas seulement les revenus de source vietnamienne). [À VÉRIFIER : taux PIT vietnamien 2026 selon tranches]
Quand les deux pays revendiquent : la convention de 1993
Si tu remplis les critères des deux pays simultanément (ce qui arrive souvent la première ou dernière année d'expatriation), la convention fiscale France-Vietnam signée en 1993 prévoit un mécanisme de départage ("tie-breaker rules") [À VÉRIFIER : article exact de la convention].
Les critères de départage s'appliquent dans l'ordre suivant :
- Foyer d'habitation permanent : dans quel pays as-tu une habitation permanente disponible ?
- Centre des intérêts vitaux : dans quel pays tes liens personnels et économiques sont-ils les plus étroits ?
- Séjour habituel : dans quel pays séjournes-tu le plus ?
- Nationalité : si tout le reste est égal, la nationalité tranche
- Accord amiable : si la nationalité ne tranche pas, les autorités compétentes des deux pays négocient
3 cas concrets
Antoine travaille pour une boîte française en CDI. Il passe 8 mois à Hanoï (avec sa femme vietnamienne) et 4 mois en France (famille, amis). Ses comptes sont en France.
Résultat probable : Résident fiscal vietnamien (183+ jours VN, foyer au Vietnam avec sa femme). La France peut encore imposer ses revenus de source française selon la convention. Mais ses revenus de travail seront partiellement imposables au Vietnam. [À VÉRIFIER avec un fiscaliste pour sa situation exacte]
Marie-Anne est française, vit à Hanoï avec son mari vietnamien et leurs enfants. Elle freelance pour des clients français. Elle n'a plus de logement en France.
Résultat probable : Résident fiscal vietnamien clairement. Son foyer, ses enfants, son activité sont au Vietnam. La France ne peut imposer que ses revenus de source française (si elle en a).
Julien fait 5 mois en France, 4 mois au Vietnam, 3 mois en Thaïlande. Ses clients sont français. Il a un appartement en France (propriétaire).
Résultat probable : Résident fiscal français (foyer permanent en France, moins de 183 jours au Vietnam, centre d'intérêts économiques en France). Ses revenus sont imposables en France sur l'ensemble de son activité.
Les erreurs fréquentes
- "Je passe 183 jours au Vietnam donc je ne paie plus d'impôts en France" → FAUX. Les 183 jours au Vietnam ne signifient pas la perte automatique de la résidence fiscale française si ton foyer ou tes intérêts économiques y restent.
- "Je peux choisir mon pays de résidence fiscale" → FAUX. La résidence fiscale découle des faits, pas d'un choix. Essayer de "choisir" en manipulant les apparences expose à un redressement.
- "Comme j'ai la nationalité française, je paie mes impôts en France" → FAUX. La nationalité n'est qu'un critère de départage en dernier recours. Un Français qui vit au Vietnam peut parfaitement être résident fiscal vietnamien.
- "Je n'ai pas à le déclarer si personne ne le sait" → FAUX. Les échanges automatiques d'informations fiscales entre pays (norme CRS/OCDE) permettent aux administrations de repérer les incohérences.

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